Monitoring de la ventilation en RCP : enseignements essentiels de 2026

La ventilation que vous visez est-elle réellement celle que reçoit votre patient ? Bien que la ventilation constitue un élément fondamental de la réanimation cardiopulmonaire (RCP), des études récentes suggèrent un écart préoccupant entre l’intention clinique et la ventilation effectivement délivrée aux patients. De nouvelles données montrent que, même en utilisant un ventilateur mécanique, le volume courant « programmé » sur le ventilateur n’atteint pas toujours les poumons.

Dans cet article, nous passons en revue les dernières analyses présentées dans l’éditorial de Wittig et Lauridsen (1), discutant les résultats de l’étude d’Eickelmann et al. (2) et explorant pourquoi le monitoring de la ventilation devient une nécessité clinique. Des différences importantes de fuites entre les tubes endotrachéaux (ETT) et les dispositifs supraglottiques (SGA) à la variabilité souvent méconnue de la ventilation manuelle au ballon, nous analysons les éléments essentiels pour optimiser la qualité de la ventilation pendant la RCP.

Lorsque les réglages du ventilateur ne reflètent pas la ventilation délivrée

Qualité de ventilation : tube endotrachéal versus dispositif supraglottique

L’éditorial analyse les résultats d’une étude de cohorte comparant la ventilation délivrée chez des patients en arrêt cardiaque extra-hospitalier ayant bénéficié d’une gestion avancée des voies aériennes et d’une ventilation mécanique continue pendant des compressions thoraciques continues.

Les investigateurs ont comparé la ventilation délivrée via un tube endotrachéal (ETT) et via un dispositif supraglottique (SGA). L’objectif était de mesurer l’écart entre le volume courant programmé sur le ventilateur et le volume réellement délivré aux patients, mesuré à l’expiration. En quantifiant le pourcentage de fuite et le volume courant expiré, l’étude visait à déterminer si les réglages du ventilateur constituent, à eux seuls, un indicateur fiable de la bonne ventilation du patient dans l’environnement de haute pression que représente la RCP.

Résultats

Malgré des réglages ventilatoires similaires dans les deux groupes, la ventilation effectivement délivrée différait significativement.

Les patients ventilés par tube endotrachéal recevaient des volumes courants expirés nettement plus élevés que ceux ventilés à l’aide d’un dispositif supraglottique. Les fuites étaient également très différentes : en moyenne d’environ 5 % avec l’intubation endotrachéale contre plus de 40 % avec les dispositifs supraglottiques.

Ces résultats suggèrent que le choix du dispositif de gestion des voies aériennes peut influencer de manière significative la qualité de la ventilation pendant la RCP.

Même un ventilateur mécanique ne garantit pas une ventilation précise

L’une des observations les plus marquantes soulignées dans l’éditorial est l’écart important entre le volume courant programmé sur le ventilateur et le volume courant réellement délivré, y compris lorsque la ventilation est assurée par un ventilateur mécanique et via un tube endotrachéal.

Pendant la RCP, la ventilation est influencée par plusieurs facteurs, notamment :

  • les compressions thoraciques
  • l’étanchéité des voies aériennes et les fuites associées
  • les pressions générées dans les voies aériennes lors de la ventilation
  • l’interaction complexe entre ventilation et compressions thoraciques

L’ensemble de ces facteurs peut modifier de manière significative le flux d’air et le volume courant effectivement délivré.

Autrement dit, même lorsque les paramètres ventilatoires sont précisément programmés sur un ventilateur mécanique, le volume atteignant les poumons du patient peut être très différent de celui initialement prévu.

Quelles implications pour la ventilation manuelle ?

Bien que l’étude ait analysé la ventilation mécanique, ses implications dépassent largement l’utilisation des ventilateurs seulement.

Dans de nombreux contextes préhospitaliers et d’urgence, la ventilation pendant la RCP est encore réalisée manuellement à l’aide d’un ballon auto-remplisseur (BAVU) et un masque, ou via des voies aériennes avancées. La ventilation manuelle introduit des sources supplémentaires de variabilité, notamment la technique de l’opérateur.

Si des écarts entre la ventilation prévue et la ventilation réellement délivrée surviennent déjà dans en conditions de ventilation mécanique contrôlée, il est raisonnable de supposer que la ventilation manuelle peut être encore plus variable pendant la réanimation. Ce constat a notamment été mis en évidence par l’équipe de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris dans leur étude sur l’arrêt cardiaque extra-hospitalier publiée en 2025(3).

Cela renforce le message central de l’éditorial : la ventilation pendant la RCP doit être activement surveillée.

Des recommandations aux pratiques cliniques

Les recommandations internationales de réanimation soulignent déjà l’importance de monitorer la performance ventilatoire pendant la RCP. Toutefois, dans la pratique clinique quotidienne, la qualité de la ventilation est rarement mesurée de manière objective.

En l’absence de monitoring, les cliniciens ne peuvent pas facilement détecter des problèmes tels que : un volume courant insuffisant, des fuites excessives, une hyperventilation ou une hypoventilation

Il en résulte un écart critique entre les recommandations des guidelines et la pratique réelle.

Mesurer ce qui compte

L’éditorial renforce finalement l’appel croissant au sein de la communauté de la réanimation à mesurer la ventilation pendant l’arrêt cardiaque.

Un monitoring objectif permet aux cliniciens de vérifier si les objectifs ventilatoires sont atteints et d’ajuster leur technique en conséquence.

C’est précisément le rôle des dispositifs de monitoring de la ventilation (Ventilation Feedback Devices, VFD), tels que EOlife.

En mesurant en temps réel le volume courant, les fuites et la fréquence ventilatoire pendant la ventilation manuelle, EOlife permet aux cliniciens de surveiller en continu la performance ventilatoire pendant la RCP, contribuant ainsi à garantir que la ventilation délivrée au patient est conforme aux recommandations des guidelines.

EN SAVOIR PLUS

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À (re)lire :

(1) Wittig J, Lauridsen KG. Examining asynchronous intra-arrest ventilation through the prism of advanced airway devices – are all our tools equal?. Resuscitation. 2026;219:110958. doi:10.1016/j.resuscitation.2026.110958
(2) Eickelmann C, Beiske AJ, Deicke M, et al. Tracheal intubation vs. supraglottic airway devices during mechanical intra-arrest-ventilation with volume-controlled-ventilation in out-of-hospital cardiac arrest: a cohort study. Resuscitation. 2026;219:110918. doi:10.1016/j.resuscitation.2025.110918
(3) Lemoine F, Jost D, Lemoine S, et al. Manual bag-valve-mask ventilation during out-of-hospital cardiopulmonary resuscitation: a prospective observational study. Resuscitation. 2025;217:110895. doi:10.1016/j.resuscitation.2025.110895