La fuite au masque comme déterminant majeur de la qualité de ventilation : enseignements de l’étude prospective menée par la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris

La Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) a utilisé le dispositif EOlife en mode aveugle afin d’évaluer de manière objective la qualité de la ventilation manuelle lors d’arrêts cardiaques extrahospitaliers (ACEH) chez l’adulte. Tous les patients inclus étaient ventilés au ballon auto remplisseur et au masque (BVM), en 30:2.
Cette initiative a permis de constituer l’un des ensembles de données les plus complets à ce jour décrivant la ventilation manuelle pendant l’arrêt cardiaque, mettant en évidence une hypoventilation fréquente des patients et le rôle central des fuites dans la dégradation du volume courant délivré.
Une étude prospective observationnelle au sein d’un système de secours de haute performance
Les résultats ont été publiés récemment dans Resuscitation [1] par l’équipe de recherche de la BSPP. L’étude a été menée au sein d’un système de secours particulièrement performant, constitué uniquement de sapeurs-pompiers professionnels hautement entraînés, intervenant sur près de 4 500 arrêts cardiaques extrahospitaliers par an.
Lors de la prise en charge des patients par ce service, la ventilation est principalement réalisée au BVM et à deux mains, une approche à quatre mains étant utilisée uniquement lorsque les effectifs le permettent.
En 2023, 27 véhicules d’urgence ont été équipés de dispositifs EOlife, configurés en mode aveugle, sans donner de retour à l’utilisateur sur la qualité de la ventilation en direct. Les paramètres enregistrés par le dispositif comprenaient : le volume insufflé, le volume courant (en tenant compte des fuites), le volume et le ratio de fuite, ainsi que la fréquence ventilatoire.
Sur une période de cinq mois, 106 patients adultes en arrêt cardiaque ont été inclus (âge médian : 74 ans ; 61,5 % d’hommes).
Prévalence élevée des fuites et volumes courants délivrés insuffisants
L’étude met en évidence un écart majeur entre les volumes que les pompiers tentaient d’insuffler et ceux effectivement reçus par les patients.
Bien que les sauveteurs insufflaient environ 525–531 mL par insufflation (1ʳᵉ – 2ᵉ insufflation), les volumes courants réellement délivrés n’étaient que de 273–327 mL, indiquant qu’environ la moitié de chaque insufflation n’atteignait jamais les poumons.
Ce déficit correspond à 170–222 mL de fuite par insufflation, démontrant qu’une part importante du volume se perdait autour du masque ou dans l’estomac au lieu d’être dirigée vers les voies aériennes.
L’adhérence aux recommandations internationales était très limitée :
- Seulement 16,9 % des insufflations atteignaient les volumes courants recommandés,
- Près de 80 % des ventilations étaient en dessous du seuil minimal de 400 mL, confirmant que l’hypoventilation constituait la norme plutôt que l’exception.
L’utilisation de la technique à quatre mains n’a permis qu’une amélioration modeste : la fuite diminuait d’environ 50 mL, mais cette réduction restait insuffisante pour assurer des volumes courants réguliers et conformes aux recommandations.
Les auteurs de l’étude soulignent la difficulté intrinsèque de maintenir une étanchéité correcte du masque pendant la réanimation. L’obtention d’une ventilation adéquate repose sur une coordination optimale du positionnement du masque, de la pression appliquée sur le masque, de la compression du ballon et du timing — des tâches interdépendantes, réalisées dans un contexte de stress physique et cognitif intense. Cette complexité peut expliquer la variabilité élevée et la qualité souvent insuffisante de la ventilation manuelle.
Implications pour la pratique clinique : le rôle des dispositifs de feedback pour la ventilation manuelle
L’étude démontre clairement que la ventilation manuelle au BVM, lorsqu’elle est réalisée sans feedback, présente des limites inhérentes et largement sous-estimées — même dans un système de secours hautement entraîné.
Comme pour toute tâche clinique complexe, il est impossible d’améliorer ce qui n’est pas mesuré, et l’absence de feedback en temps réel empêche les sauveteurs de détecter la fuite excessive ou l’insuffisance du volume courant au moment où elles surviennent.
Les dispositifs de feedback pour la ventilation manuelle (VFD) tels qu’EOlife comblent cette lacune en monitorant en continu la qualité de chaque insufflation et en fournissant un retour immédiat sur le volume courant délivré et le niveau de fuite.
Cette visibilité en temps réel agit comme un véritable « copilote », permettant aux intervenants d’identifier toute dégradation de la technique et de corriger instantanément leur geste.
En guidant les utilisateurs vers une ventilation conforme aux recommandations, EOlife offre une solution pratique pour répondre aux défis techniques mis en évidence par l’étude de la BSPP et améliorer globalement la qualité de la ventilation manuelle pour les patients en arrêt cardiaque.
Conclusion
Cette étude prospective observationnelle apporte des preuves solides issues du monde réel montrant que la fuite au masque et les volumes courants insuffisants sont très fréquents lors de la ventilation manuelle au BVM chez les patients en arrêt cardiaque extrahospitalier, y compris dans un système de secours performant.
Les résultats soulignent la difficulté à maintenir une bonne étanchéité du masque et à délivrer une ventilation conforme aux recommandations dans les conditions exigeantes de la réanimation cardiopulmonaire.
Les dispositifs de feedback pour la ventilation manuelle, tels qu’EOlife, constituent une solution pragmatique pour améliorer la qualité de la ventilation, réduire les fuites et renforcer l’adhérence aux recommandations internationales.
Leur intégration dans les pratiques des services d’urgence devrait favoriser une meilleures ventilation et, in fine, une meilleure qualité globale de réanimation cardiopulmonaire.

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Référence :
[1] Lemoine F, Jost D, Lemoine S, et al. Manual bag-valve-mask ventilation during out-of-hospital cardiopulmonary resuscitation: a prospective observational study. Resuscitation. Published online November 12, 2025. doi:10.1016/j.resuscitation.2025.110895*